Hommage d’un Suisse aux braves d’Unterwalden

Le MOUVEMENT DU 9 FEVRIER vous souhaite un bon 1er août.

 

A cette occasion nous avons le plaisir de vous offrir un livre peu connu de l’Histoire suisse. Il ne figure dans aucun programme d’enseignement de notre pays et à sa lecture vous comprendrez pourquoi.

Ecrit en 1798 par le colonel Ferdinand de Rovéréa, il dépeint l’occupation française, le drame terrible qui se déroula au bord du lac des Quatre-Cantons, l’esprit des Suisses de cette époque.

Vous y découvrirez l’attitude du gouvernement suisse d’alors, nommé Directoire, et qui n’est pas sans rappeler les compromissions de notre gouvernement actuel.

Ce livre semble presque un message à travers le temps, De Rovéréa semble nous demander de ne pas oublier ce qui s’est passé, les sacrifices qui ont été faits.

Les dernières pages sont probablement parmi les plus bouleversantes de notre Histoire nationale.

 

 

Le livre peut être lu en ligne ci-dessous ou  téléchargé en PDF ici HOMMAGE DE ROVEREA

 

 

 

 

 

 

Image de couverture tirée de la gravure «Sentier taillé dans le roc. Vallée d’Oberhasli» in Lettres sur la Suisse, 1823-1832, Villeneuve, par Engelmann Godefroy (1788-1839) lithographe et Jules-Louis-Frédéric (1796-1842) dessinateur.

 

Le présent ouvrage a été recomposé et muni d’une préface pour le 1er août 2017 et offert au peuple suisse par le Mouvement du 9 février.

 

Ce livre peut être librement partagé et offert sur internet avec mention de l’éditeur.

mouvement-9fevrier.org

 

Tous autres droits réservés

 

 

 

PRÉFACE

2016 cette vilaine tache sur notre histoire

 

 

Celui qui voyage ou fait l’expérience d’autres sociétés acquiert souvent un regard que l’on nomme ethnographique. Il peut alors regarder sa propre communauté avec un œil différent parce qu’il a maintenant un point de comparaison, il peut comparer sa société avec d’autres qu’il a vues et expérimentées. Le regard de cet homme devient plus objectif.

 

Comparer une même communauté à différents moments de son histoire produit le même effet, produit des points de comparaison à travers le temps, le regard ethnographique devient alors historique et s’y confond.

 

Si de ce point de vue l’on regarde l’attitude des autorités politiques de la Suisse en 2016, ses gouvernants et sa majorité parlementaire, on reste interloqué. Voilà des personnes dont on peut supposer qu’elles ont un peu voyagé, ont une certaine connaissance – en principe – de l’Histoire, et pourtant les faits indiquent que leur vision est limitée, ne dépasse pas celle de petits comités vivant dans le cercle étroit de leurs propres certitudes, sans doute menée par une pensée mutilée par les intérêts immédiats dans lesquels ils prospèrent.

 

Leur expliqueriez-vous que c’est bien d’eux dont on est en train de parler, ils vous regarderaient pantois, tellement sûrs qu’ils sont d’être éclairés et d’être ceux qui sont du côté du progrès, d’être les progressistes. Comme sans doute devaient le croire ceux qui se soumirent aux Français durant l’occupation napoléonienne.

 

Progresser, ce n’est pas avaler tout rond toutes les sornettes qui se présentent, cela demande d’évaluer dans une perspective historique et critique les valeurs auxquelles l’on tient.

 

Les Suisses, mais pas leur gouvernement et majorité parlementaire d’aujourd’hui, ont toujours eu me semble-t-il, attaché à eux comme une deuxième peau, une sorte de sens inné pour l’équilibre, ou tout au moins l’équilibre était chez eux une valeur très répandue, dans les familles, dans le travail, dans le paysage et dans les esprits, comme un sentiment très sûr du respect de l’autre, de sa prise en considération, une âme par laquelle l’Helvète avait un sens naturel de la mesure et des limites à ne pas dépasser. Pour ma part j’ai rencontré souvent chez les Suisses du peuple ce sentiment-là. Pas chez tous bien sûr, mais certainement en valeur de fond qui se manifestait aussi par un respect de la nature, un respect des lois et des institutions, de la parole donnée. Les Suisses du peuple dans leur plus grande généralité ne m’avaient jamais paru être des gens de l’excès, de la violence ou de l’imprudence.

 

En décembre 2016, cette valeur d’équilibre, de respect et de prudence a définitivement été outragée par le gouvernement et la majorité du parlement de la Suisse. Ils ont violé notre Constitution. Au nom du pragmatisme tentent aujourd’hui de se justifier ces politiciens, ils ne pouvaient faire autrement veulent-ils nous faire croire.

 

Les questions philosophiques ne sont pas faites pour les sots. Lorsque le pragmatisme est poussé à l’extrême et devient le seul guide de l’action alors la destruction des valeurs déjà fait son chemin. Le lion chasse et mange, il s’adapte simplement de la manière la plus simple aux contraintes de sa réalité, le reste ne l’intéresse pas. Le prédateur se caractérise toujours par le pragmatisme qui mène sa conduite, il prend la proie ou le gain, peu importe ce qui disparaît avec. En politique suisse cette sorte de pragmatisme et manière d’agir intéressée qui se moque des valeurs prévaut désormais, c’est celle-ci qui a prévalue en décembre 2016 lorsque le Conseil fédéral et la majorité parlementaire ont refusé d’appliquer le vote du peuple et lui ont confisqué sa Constitution pour plaire à Bruxelles, et à eux-mêmes sans doute aussi. Cette forfaiture est largement détaillée sur le site du Mouvement du 9 février.

 

Lorsque le citoyen lira le petit ouvrage ici présenté de Ferdinand De Rovéréa, HOMMAGE D’UN SUISSE AUX BRAVES D’UNTERWALDEN écrit en 1798, qui à deux siècles de distance nous décrit l’occupation française en Suisse, qui dépeint ce gouvernement et ces parlementaires que l’on nommait alors Directoire, il ne pourra s’empêcher de voir des parallèles avec ce qui arrive aujourd’hui.

 

Il suffit de remplacer la pression de l’occupant français par celle de l’Union européenne, de remplacer Paris et ses Commissaires par ceux de Bruxelles. D’un côté la Suisse petite, de l’autre les grandes puissances de l’Europe qui veulent que le Suisse paie, se désarme et adopte leur philosophie politique. Bien sûr la violence a changé, on ne jette plus les enfants et les femmes dans les églises pour les brûler, mais en Suisse comme avant, ces politiciens qui travaillent pour l’occupant n’ont plus rien du peuple de ce pays, les valeurs qui dominent en eux ne sont plus celles du respect et de l’équilibre, de la prudence et de l’humilité. Ils se prennent pour les nouvelles lumières mais agissent comme des prédateurs, sans se soucier de ce qu’ils font disparaître.

 

Ils sont la bêtise incarnée que désignent depuis si longtemps les philosophes, cette sorte de bêtise primitive de celui qui fait disparaître son bien avant de savoir par quoi il le remplacera. Aucune montagne n’a jamais vu aucun paysan casser sa fourche et la jeter au torrent avant de savoir ce qu’il aura le lendemain. Eux, ils ont jeté l’équilibre du pays au fond du puit sans même savoir de quoi demain sera fait.

 

Leur bêtise a vaincu, mais pour un temps seulement, ignorante même de la force des valeurs lorsqu’elles s’enracinent si profondément, comme l’équilibre et le respect de l’autre qui restent enracinés dans le cœur de millions de Suisses dans le peuple, qui les ont appris de parents en parents et de générations en générations, de voisins en voisins, en même temps que leur liberté et leur indépendance.

 

Ceux qui se nourrissent grassement à Berne, qu’en d’autres temps l’on nommait les barons fédéraux, ne doivent pas se faire d’illusions, il reste dans ce pays des millions de Suisses qui se souviennent du peuple qui les a précédé, des hommes et des femmes qui durant des siècles ont fait sacrifice parfois de leurs vies pour nous offrir cette liberté unique qui s’appelle la démocratie directe.

Nous ne les oublierons pas.

 

Michel Piccand

 

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Ferdinand Isaac de Rovéréa, est un noble vaudois, militaire, né en 1763 à Vevey. Lors de la révolution vaudoise il sera nommé par Berne à la tête de la Légion romande pour s’opposer aux troupes françaises. Le gouvernement helvétique ayant capitulé il s’exilera en Allemagne avant de revenir dans la Suisse libérée à la chute de Napoléon.

 

Ce qui est intéressant avec de Rovéréa c’est que Vaudois il sert Berne contre son propre canton, sans aucun doute a-t-il vu que la libération du canton de Vaud par les Français ne se ferait pas sans une lourde et terrible contrepartie, dont chacun sait qu’elle mènera à l’occupation de la Suisse par la France et aux coûts énormes qu’elle va engendrer.

 

Lorsqu’il écrit ce petit opuscule en hommage aux Unterwaldiens qui avec Berne sont à peu près les seuls à avoir cherché à résister à la France, ce noble parle du peuple et de landsgemeinde. Et l’on comprend alors que s’il est noble et opposé à la Révolution il est aussi d’abord un Suisse qui comprend le danger pour la Confédération. En avril 1798, avant que les événements d’Unterwald ici relatés n’aient lieu, il écrit un précis de la Révolution en Suisse dont la préface parle d’elle-même, de Rovéréa dit qu’il entreprend l’énumération des faits de la Révolution en Suisse « dans l’espoir que ce fil le conduira à découvrir aux peuples et aux rois l’obscure et perfide trame ourdie pour effacer du tableau des nations libres, celle dont le nom fut censé l’égide de la liberté. »

De Rovéréa parle évidemment de la Suisse. Il en parle comme d’une nation libre et indépendante.

Comment ne pas faire alors le rapprochement avec ce qui se passe aujourd’hui en 2016. En 1798 l’occupant français libère les peuples mais les occupe et vide d’abord leurs trésors publics et prend leurs vies. Les gouvernants suisses se taisent et collaborent.

On voit à l’époque une administration helvétique qui se plie devant une administration plus puissante, un corps des élus qui s’écrase ou défend les intérêts de l’administration la plus forte, à l’époque celle de la France aujourd’hui celle de  l’UE. Les esprits intéressés et pragmatiques sont toujours les premiers à se courber devant les puissants.

Dans cet hommage aux Unterwaldiens de Rovéréa raconte la résistance d’un peuple et le coût engendré pour la Suisse par la « libération » française, une réalité qu’il reproche aux autorités de dissimuler. Ce n’est pas sans rappeler les innombrables manipulations et dissimulations d’aujourd’hui sur les coûts engendrés en Suisse par la libre-circulation avec l’UE, la disparition de la souveraineté de la Suisse que les médias et les politiques s’ingénient à dissimuler depuis près de deux décennies.

 

En lisant le texte qu’a écrit de Rovéréa ce qui saute aux yeux, c’est la division qu’elle entraîne au sein même de la construction helvétique, d’une société dont les valeurs et l’homogénéité volent en éclat. Et c’est bien de cela dont il s’agit.

 

Lorsque nos politiques contemporains sont aujourd’hui interpellés ils invoquent le  pragmatisme – ils prétendent qu’on ne peut faire autrement face à l’UE, le pragmatisme s’oppose ici aux valeurs. A chaque fois que l’on cède une part au pragmatisme l’on cède une part de valeur.

 

L’histoire suisse nous a montré que dans ce pays ce ne sont pas les autorités qui défendent les valeurs et la cohésion du pays, pas plus que ce ne sont la majorité des politiciens. De 1653 quand les autorités de Berne pendront les paysans et Niklaus Leuenberger lors de cette guerre des paysans dont l’origine est une révolte fiscale, une dévaluation de la monnaie par l’État, qui appauvrit de manière dramatique le monde paysan, en passant par cet épisode de l’occupation française en 1798 où le directoire d’Aarau obéit au directoire de Paris et n’hésite à massacrer les membres de sa propre communauté, puis maintenant en 2016 un Conseil fédéral et une majorité parlementaire qui violent notre Constitution et confisquent la volonté du peuple pour plaire à Bruxelles.

Trois jalons dans le temps qui font se ressembler une même administration politique opposée au peuple et qui dans les deux derniers cas, en 1798 et 2016, se range du côté de l’administration étrangère plus puissante.

 

Ce livre reproduit le texte du colonel de Rovéréa. L’orthographe d’époque a été conservée pour les lieux-dits et les noms propres, de Rovéréa appelle le général français Schawenbourg lorsque  l’histoire contemporaine retient Schauenburg. La conjugaison de l’ancien français a été modernisée pour en faciliter la lecture.

 

L’ouvrage fut également édité en 1798 à Londres en anglais et la présentation qui en était faite dans The Monthly Review, Or, Literary Journal, en donne la valeur :

 

Art. XXXV. Hommage d’un Suisse aux braves d’Unterwalden. The Homage of a Swiss to the brave Unterwalders. Ed. De Boffe. London. 1798.

« Concernant l’histoire politique de la Suisse, deux œuvres ont été relevées dans notre précédent volume. Celui-ci aussi est le chant du cygne d’une indépendance qui expire, et relate la brave mais ineffective résistance du peuple d’Unterwald à l’intrusion violente du Français. La partition de la Suisse, comme celle de la Pologne, ne saurait être plus détestée. Il reste à voir si les magistrats des Grisons – en favorisant l’entrée des Autrichiens, – ou les clubistes de Berne en favorisant l’entrée du français, – ont amené dans leurs pays la plus humiliante et irréparable atteinte. »

[The Monthly Review, Or, Literary Journal, Par Ralph Griffiths, G. E. Griffiths, VOL XXVII, 1798, p. 583.]

 

 

CONTEXTE HISTORIQUE

 

En avril 1798, une république helvétique sous occupation française est proclamée en Suisse. Un directoire copié sur le modèle français est établi à Aarau, ce gouvernement de 5 membres avait le pouvoir de désigner les autorités militaires et de nommer lui-même les juges, il pouvait faire arrêter et auditionner toutes personnes soupçonnées de complot contre l’Etat. En bref un pouvoir de contrôle et de contrainte sur n’importe quel citoyen comme en trouve dans toutes les dictatures.

 

La Suisse occupée dès avril, une révolte va surgir en septembre 1798 dans le canton d’Unterwald dont les habitants refusent de prêter serment à la république helvétique, en partie parce que le clergé déclare qu’un tel serment est un sacrilège. La nouvelle constitution d’obédience française ne contient aucune référence à Dieu.

 

Le gouvernement cantonal qui obéit au Directoire va alors être renversé le 18 août par le peuple de Nidwald, de Rovéréa parle d’Unterwald, renforcés d’Uranais et de Schwytzois. Le 9 septembre, le général Schauenburg et une armée de 12’000 français va prendre Stans après quatre jours de combats. Les troupes françaises massacrent alors des civils, incendient et pillent la ville ainsi que les villages voisins à titre de rétorsion.

 

Voici comment l’affaire était relatée sous Wikipédia en 2016, extrait probablement écrit par des historiens suisses. Il faut savoir que Wikipédia est souvent l’enjeu de luttes pour tenter de décrire la réalité selon une opinion plutôt qu’une autre.

« La population nidwaldienne n’accepte pas l’instauration de la constitution helvétique après la disparition de l’Ancien Régime. Fanatisées par des ecclésiastiques, des troupes nidwaldiennes attaquent l’armée française le 9 septembre 1798. Cent Nidwaldiens et autant de Français perdent la vie dans cette bataille. 300 personnes périront dans les pillages qui s’ensuivront. » [Wikipédia en français, canton de Nidwald].

 

 

Voici l’affaire racontée en 2016 par le Dictionnaire historique de la Suisse, institution financée par la Confédération :

 

« En avril 1798, la landsgemeinde de Nidwald rejeta la Constitution helvétique; tous les cantons de Suisse centrale sauf Obwald firent de même, mais ils durent céder au début de mai après une défaite militaire. La landsgemeinde de Nidwald fut contrainte d’accepter le nouveau régime le 13 mai. A la fin de mai, Nidwald et Engelberg, réunis dans le district de Stans, furent rattachés au canton des Waldstätten, créé afin de diminuer le nombre de représentants des cantons récalcitrants dans les organes de la République à Aarau. L’opposition des Vaterländer, patriotes conservateurs, se focalisa contre le serment civique. Ludwig Maria Keyser, sous-préfet du district de Stans, et d’autres Patrioten furent arrêtés le 18 août et une landsgemeinde convoquée illégalement décida le 20 de les traduire en justice.

Après l’échec de plusieurs tentatives de médiation, une autre landsgemeinde refusa le 29 août l’ultimatum des autorités helvétiques et décréta la mobilisation. Le 9 septembre 1798, les troupes nidwaldiennes, fanatisées par des ecclésiastiques comme le père capucin Paul Styger, se jetèrent dans une bataille désespérée contre l’armée française commandée par le général Schauenburg, chargé par les autorités helvétiques d’écraser l’insurrection. Une centaine de Nidwaldiens et à peu près autant de Français périrent dans ce combat; les massacres qui suivirent firent bien 300 autres victimes, hommes, femmes et enfants. Les villages d’Ennetmoos, Stansstad, Buochs et Stans furent dévastés. Ces journées de terreur créèrent un traumatisme collectif durable, qui pourrait avoir joué un rôle dans les refus successifs des constitutions fédérales au XIXe s.

L’occupation militaire, les mesures de contrainte des autorités helvétiques, les incarcérations et les déportations avivèrent les ressentiments de la population. Quand les troupes françaises eurent quitté la Suisse (1802), la landsgemeinde fut restaurée. »

 

[Remarque. Contrairement à Wikipédia dans cet extrait ce ne sont plus les Suisses qui attaquent les Français… les Suisses ne font plus maintenant que se jeter dans une bataille sans espoir.]

[Nidwald, 2011, 4.1.1 – De la République helvétique à l’Etat fédéral (1798-1848). Dictionnaire historique de la Suisse.]

 

 

Voici la version du colonel Ferdinand de Rovéréa, témoin de l’époque.

 

 

Hommage d’un Suisse aux braves d’Unterwalden

 

 

[Septembre 1798]

 

Du Jura au pied des Alpes, la Suisse avait subi le joug révolutionnaire; les peuples du centre des montagnes de la partie orientale, qui dominent ces contrées, conservaient seuls un reste d’indépendance, et soutenaient encore l’honneur de la Nation. Mais les Français secondés de l’infâme secte qu’ils s’étaient asservie, les somment bientôt de fléchir devant l’idole, … de substituer l’anarchie à  leur antique liberté.

 

Ces hommes simples et braves, déclarent aussitôt que si leur perte est jurée,  le sort des armes en décidera.

 

Le 24 Avril, les contingents de Schwitz, Uri, Unterwalden, Glaris, et Zug entrent en campagne, attaquent les troupes françaises, dans les environs de Rappershweil et de Lentzbourg, les culbutent, mais s’abandonnant à l’impulsion de leur courage dans la poursuite de l’ennemi, sont chargés dans la plaine par  sa cavalerie, et éprouvent à leur tour une  perte majeure en effectuant leur retraite.

 

Le Général français Schawenbourg, qui ici comme ailleurs voulait vaincre sans combattre, étonné de la résistance qu’il éprouve, à recours à la tactique de ses maitres, il cherche à désunir ses adversaires ; ses premiers essais sont infructueux ; mais après avoir enlevé par surprise la ville de Zug, et assujetti par là son territoire, il parvient au  moyen d’une capitulation avantageuse à détacher Glaris de ses alliés.

 

Il ne lui restait donc que les trois anciens Cantons à réduire; ceux-ci instruits par leur dernier échec, évitent de retomber dans la même faute, ils se bornent à attirer les Français dans leurs défilés, où les attaquant avec fureur, ils en font un carnage évalué alors à plus de deux mille hommes.

 

Schawenbourg effrayé des suites que pourrait avoir un revers qui lui enlevait l’élite de cette armée, qui presque sans coup férir, avait rapidement envahi les dix-neuf vingtièmes du territoire de la Confédération helvétique, se hâte de proposer un traité que ces braves gens acceptent, parce qu’il leur semble les garantir de toute vexation ultérieure, et ne touche que légèrement à l’intégrité de leur constitution.

 

Ils posent les armes après la signature d’une capitulation portant sur les cinq points suivants :

 

  1. Libre exercice de la Religion dans toute son intégrité.

 

  1. Sûreté des personnes.

 

  1. Exemption perpétuelle de toute contribution.

 

  1. Conservation des armes.

 

  1. Garantie qu’aucune troupe française ou suisse, n’entrerait sur le territoire de ces trois Cantons.

 

Sur la foi de cet engagement, les Cantons démocratiques envoient conformément à la nouvelle constitution des députés à l’assemblée d’Arau, où l’on remarqua que la présence de ces hommes honnêtes semblait donner une ombre de consistance à ce corps, composé en grande majorité jusque-là de tout ce que la Suisse avait de plus abject et de plus vil, (*) et força le tribunal désorganisateur à adoucir par de justes modifications ses plus iniques arrêtés.

* l’on est convaincu néanmoins que quelques-uns de ses membres voulurent le bien, mais ne purent l’opérer.

 

La tranquillité semblait rétablie au prix de la félicité d’une population de onze-cent mille âmes, indignement vendue par des traîtres, et lâchement abandonnée par des administrations faibles, ou corrompues.

 

Les rapines des chefs civils et militaires de l’armée, les vexations partielles tolérées au soldat, achevant de comprimer l’explosion redoutée de l’ancienne valeur de cette Nation belliqueuse, aujourd’hui subjuguée, les hommes les plus marquants, interdits par le malheur, se courbaient en silence sous le joug de leurs nouveaux maîtres, tandis que le campagnard de presque tous les districts rongeait impatiemment le frein qui d’homme libre le retenait esclave.

 

La Suisse pillée et dévastée, ses moyens de défense anéantis, les Cantons démocratiques n’offrant que peu ou point d’espoir de butin, les plus sages croyaient la marche de la révolution à son déclin, ses plus grands coups portés et s’applaudissaient secrètement peut-être, de n’y avoir pas opposé une plus vigoureuse résistance.

 

Mais la rage du monstre dévorant était loin encore d’être assouvie ;  .. tant que des peuples heureux, des trônes, des gouvernements paternels contrasteront avec son sceptre de fer, et son diadème de sang, le fer et le feu, précédés du subtil venin de la plus perfide calomnie doivent étendre leurs ravages.

 

La destruction des aristocraties de la Suisse, l’anéantissement de la félicité publique, n’étaient que le prélude nécessaire à rendre ce peuple entier un des plus dangereux instruments du système destructeur; porté par le besoin, inspiré par la détresse, captivé par une force imposante, il devait en même temps couvrir de sa bravoure ses instigateurs, et effrayer par son exemple tout ce qui respirait encore à l’ombre de la paix et de la sécurité.

 

Mais il fallait colorer aux yeux ternes et obscurcis des soi-disants Représentants suisses, les nouveaux liens, qui par leur organe, devaient garrotter plus fortement encore leurs malheureux compatriotes. Car tout abjects que soient ces vils suppôts de la tyrannie du Directoire français à ses propres yeux, il importe à ce Directoire, pour opprimer mieux de feindre de revêtir ses subalternes acolytes, au moins d’une apparence de pouvoir, et leurs décrets d’une ombre d’équité.

 

Pour assujettir plus sûrement les Suisses à ses vues , sans heurter de front les droits sacrés et récemment reconnus des Cantons qui furent la souche de la Confédération, le Directoire français qualifia du nom d’alliance offensive et défensive, le traité par lequel le peuple suisse renonçant à son ancienne neutralité , doit se dévouer de corps et de biens aux guerres à mort que doit nécessiter le système français, jusqu’à ce qu’il ait fait le tour du globe, ou ce qui est plus apparent, jusqu’à ce que renversé de son propre poids, il devienne avec ses agents la proie des cruelles vengeances dont ses nombreux forfaits accumulent journellement la masse.

 

Ce traité d’alliance, qui au premier aperçu de l’observateur impartial, est le pacte par lequel le fort oblige le faible à se reconnaitre son tributaire ; ce traité scandaleux, sans doute rédigé par le Directoire français ou ses affidés, revêtu de quelques termes destinés à flatter la vanité de quelques imbéciles adeptes, admis en apparence aux sombres mystères du Pentarque/ spoliateur et à fasciner à leurs yeux l’iniquité du ministère auquel ils allaient se prêter, en leur supposant du moins encore une lueur de patriotisme, cas auquel on regretterait de les voir se dévouer aux malédictions de leurs contemporains pour l’oeuvre du moment, et à celles de la postérité, si contre toute probabilité cet horrible attentat devait être de durée.

 

Quoiqu’il en soit, le projet de cette sinistre alliance, perça le voile qui en devait dérober la connaissance (*) jusqu’au moment où un serment général aurait aveuglément lié tous Ies corps, tous les individus de la République, à souscrire tacitement aux compromis de leurs lâches Représentants.

 

(*) Le 26 de Juillet un initié écrivait d’Arau : On parle ici de bruits de guerre en Allemagne ; ceux que ces bruits inquiètent sont plus nombreux que ceux qu’ils amusent ; cet événement nous mettrait dans une position bien fâcheuse ; car on dit notre traité d’alliance avec la France conclu, et un article de ce traité nous oblige à regarder ses ennemis comme les nôtres, etc.

 

Ce serment, dans lequel à la vérité le nom de Dieu était supprimé, sans doute parce que celui d’Être suprême paraissait plus aisé à concilier avec l’abolition de la Religion, qu’il est permis de croire projetée pour la Suisse, comme elle a été effectuée en France, ce serment dis-je, avait cette singularité, c’est qu’il devait s’intimer non un même jour, comme il est d’usage dans les grandes solemnités révolutionnaires, mais successivement dans chaque Canton, en commençant par les plus amis de la révolution, ou censés tels, et suivant cette échelle de gradation. Cette particularité ne devait-elle pas faire naitre de violents soupçons sur le motif secret de cette cérémonie ?

 

Ce fut le 29 de Juillet que le Directoire d’Arau décréta que le serment civique serait intimé à tous les habitants de l’Helvétie, savoir :

 

Du 5 au 12 Août, dans les Cantons de Léman, Argowie, Bâle, et Schafhouse.

 

Du 12 au 19 dans les Cantons de Berne, Soleure, Fribourg, et Zurich.

 

Du 19 au 26 dans les Cantons de Thurgowie, Oberland, Lucerne, Valais, et Baden.

 

Du 26 Août au 2 Septembre, dans les Cantons de Sentis, Lintz, Waldstetten, (les trois petits Cantons), Bellinzona et Lugano.

 

Le 9 d’Août le Directoire invita le corps législatif à prendre les mesures les plus promptes pour l’organisation de la force armée, vu la situation intérieure et extérieure de la République. Aucune Puissance ne menaçant d’inquiéter le nouveau Gouvernement helvétique, quel pouvait donc être le motif d’urgence de cette mesure ? C’était l’alliance secrètement conclue avec le Directoire Français, qui ne pouvait modérer son impatience de jouir en plein de sa nouvelle conquête, et que l’on se mit en mesure de lui être utile.

 

Ce fut en ce temps qu’un camp de dix à douze mille hommes se forma près de Berne, que l’on annonça la prochaine apparition d’une armée de 40 à 50 mille hommes dans l’Evêché de Bâle; que les troupes cantonnées entre Zurich et Huningue furent mises en mouvement, et firent de perpétuelles marches et contre-marches vers la Thurgowie, pour en imposer sur leur nombre et leurs desseins; laissant percer parfois celui d’entrer sous peu dans Glaris que sa capitulation particulière en garantissait aussi . .  .

Schawenbourg parut même faire quelques démonstrations contre Schwitz, tout cela pour comprimer un mécontentement, que l’on savait être général, et assurer la prompte prestation du serment, pour en éviter l’éclat.

 

Bientôt l’on sut dans toute la Suisse, que le traité d’alliance avec la France, avait été communiqué par le Directoire d’Arau aux Conseils, et que ceux-ci l’avaient accepté par acclamation !

 

On ne relèvera que deux articles de ce traité, qui à la vérité débute par promettre à la République helvétique amitié et protection de la République française ; mais cette dernière astreint son alliée à regarder comme ses ennemis propres, ceux que la France – lui désignera comme tels, et à marcher contre eux ; sans même déterminer la nature, la force, et les conditions du secours, disant simplement, que les troupes de la Nation requise seront soldées par la Nation requérante.

 

La France peut donc exiger des armées suisses envers toutes les Puissances du continent, (celle d’outremer étant les seules exceptées, par le traité) ; elle peut exiger, ainsi qu’il en sera convenu dans le temps, un nombre indéterminé d’hommes, et naturellement d’approvisionnements.

 

De plus le Directoire français assujettit le Gouvernement helvétique à prendre annuellement au moins deux-cent-cinquante mille quintaux de sel dans les salines de France, à 14 liv. 10. s. le quintal, au lieu de 7 liv. 1o. s. qu’on le payait à la Bavière, avec laquelle un bail existant a dû être résilié.

 

Quant au traité de commerce qui aurait pu offrir quelque indemnité, il est renvoyé à d’autres temps ; laissant par conséquent les parties de la Suisse que cela intéresse dans le doute, si les Vins de France entreront en concurrence avec ceux de leur crû, ce qui achèverait la ruine de leurs propriétaires, et si la France fournira à l’avenir à la Suisse les blés qu’elle tirait précédemment, et souvent à grands frais de la Souabe.

 

Ce traité désastreux, eût-il même été dans la classe des traités ordinaires, était toujours par sa nature, le plus essentiel des actes qui put être présenté à l’examen des autorités d’un pays quelconque, et il suffit qu’il le soit par le Directoire d’Arau aux Conseils, pour que ceux-ci le même jour, et dans une même séance, l’adoptent par acclamation !

 

Quoi ! ces mêmes Conseils, dont les orateurs ne rougissent pas de fatiguer les presses des publicistes de leurs plats et dégoutants discours, de leurs triviales discussions sur les matières les plus indifférentes, et les sujets les plus indécents, ne savent qu’applaudir avec autant de bassesse que d’ineptie à la confection d’un acte, qui pourrait river à jamais les chaînes de leur Patrie ! ces sénateurs, ces législateurs ignares, ont peut-être voulu nous montrer, qu’ils se rendaient justice, que leurs lumières, que leur éloquence se bornaient à discuter la quotité des appointements qu’ils s’attribuent, et à leurs créatures ; à la porter pour la totalité de l’Helvétie à l’exorbitante somme de douze millions tournois [environ 130 millions CHF actuels], sans égard aux énormes charges qui en doivent résulter pour un pays naturellement pauvre, et aujourd’hui ruiné, dont les administrations antérieures coûtaient au plus quatre millions par an, fournis en majeure partie ; par les trésors publics, devenus la proie des dilapidateurs. Que sera-ce donc, quand ce même pays, jadis sans impôts, devra après avoir perdu ses anciennes ressources, subvenir en outre aux frais incalculables de guerres étrangères, dont pendant trois siècles il fut à l’abri ?

 

Mais on s’étonne de l’impudence avec laquelle le Directoire d’Arau a osé prendre sur lui de ne proposer qu’à la simple sanction des mannequins des Conseils, un traité, qui sous l’heureux régime des Oligarches, quoique beaucoup moins important, puisqu’il ne s’agissait alors que de ratifier de terme en terme les anciennes alliances contractées avec les Rois, fut, chaque fois longuement et attentivement discuté, puis soumis successivement aux tribunaux dépositaire de l’autorité souveraine de chaque Canton, et enfin solennellement corrigé, ou approuvé par la Diète générale de la Confédération.

 

Combien plus encore les Cantons ci-devant populaires ont-ils dus être surpris, être blessés, dans la fierté qui leur est propre de voir cet important sujet aussi légèrement traité ? Eux, qui selon leur ancienne constitution, aux prérogatives de laquelle ils n’avaient point encore, ou du moins croyaient n’avoir pas totalement renoncé, avaient seuls le droit de sanctionner dans leurs assemblées générales, tout ce qui intéressait essentiellement le bien de leur patrie ! aussi est-ce à la hardiesse de cette atteinte portée à leur liberté, qu’il faut attribuer l’invincible répugnance qu’ils manifestèrent de se soumettre à un serment, qu’ils estimaient d’ailleurs contraire au respect , que dans la pureté de leur âme, ils portent à leurs préceptes religieux, mais qui selon leur judiciaire ne tendait qu’à les dégrader et en les dépouillant de toute dignité nationale, devait les rendre légalement esclaves d’une administration étrangère, régicide, et usurpatrice dans son propre sol, et déjà reconnue barbare et tyrannique envers les plus anciens alliés de la monarchie française.

 

C’est à ce projet d’alliance, c’est aux funestes suites qu’ils en pressentaient, et non à des suggestions étrangères, inculpation si  souvent rebattue par les Robespierre, leur devanciers et leurs successeurs, que doit être attribué ce refus, qu’il importait d’ailleurs au Directoire français de susciter, comme prétexte qui devait servir à déguiser la profonde scélératesse de ses vices, se flattant que l’union qui appuyait la fermeté de ces peuples, serait bientôt après détruite par les sourdes intrigues des familiers de la plus sanguinaire des inquisitions, et que l’on verrait enfin cette inquiétante barrière disparaitre du sommet le plus élevé de l’Europe, et laisser un libre cours à de nouveaux débordements vers le nord et vers le midi.

 

En effet, la lecture de l’ordre qui enjoignait d’y prêter le serment, excita le 18 d’Août une rumeur générale dans les trois Cantons de Schwytz, Uri, et Unterwalden.

 

À Schwitz, un rassemblement de 600 hommes demanda à l’administration, que la capitulation conclue le 3 Mai avec le général Schawenbourg fut sur le champ produite, l’administration ne pouvant la trouver dut députer à Schawenbourg pour la lui demander, et lui déclarer en même temps, au nom du peuple, qu’il ne redoutait nullement les menaces des Français, qu’ils n’avaient qu’à essayer de venir.

 

Le peuple déclara ce jour-là être décidé à refuser le serment, comme contraire à la Religion, et à la capitulation, il exigea les clefs du trésor, et celles de l’arsenal, dont il se distribua les munitions.

 

Il fut de même déclaré à un religieux qui avait permis la prestation du serment, que l’on ne tolérerait aucun ecclésiastique qui l’eût prêté.

 

À Uri, le peuple se montra dans les mêmes dispositions qu’à Schwitz.

 

À Unterwalden, le tumulte fut plus sérieux; le Préfet et le Sous-préfet furent emprisonnés par le peuple, pour avoir manifesté leur attachement à la nouvelle constitution ; le lendemain 19, la Landsgemeinde, soit assemblée générale, annula le nouveau gouvernement, et rétablit l’ancien.

 

A Zug, il se manifesta aussi quelques mouvements dans le même sens, mais qui furent promptement étouffés; cette place ne pouvant se soutenir, vu sa position; en échange la résistance du haut Appenzell et du haut Rheinthal fut plus grave ; le Préfet de Sentis, (chef-lieu St. Gall), dont ces districts font partie, y envoya des milices du pays. L’on ose présumer que ce fut pour éviter une effusion de sang ; car il serait par trop cruel pour ces malheureuses contrées, que ce qui y existe d’ancien patriotisme y devint le tison de la guerre civile.

 

Cette expédition s’est terminée par l’arrestation de vingt-neuf individus, maintenant détenus dans les prisons de St. Gall; l’on doit croire, que malgré l’ordre criminel donné par le Directoire d’Arau au général Schawenbourg, d’ériger une commission militaire pour le châtiment des soi-disants rebelles, ni Schawenbourg ni les autorités n’oseront se souiller du meurtre de ces intéressantes victimes.

 

Deux communes du Canton de Lucerne, qui avaient refusé le serment, ont sur le champ été investies et occupées par les troupes françaises.

 

Dans le Canton de Soleure, même, opposition, mais aussi promptement apaisée. Le vingt-quatre Août les députés de Schwitz envoyés à Schawenbourg, y revinrent apportant en réponse à la mission hautaine dont ils avaient été chargés, une lettre de ce général, conçue dans les termes les plus flatteurs ; il assurait par cette lettre au peuple de Schwitz, qu’il avait toute son estime, qu’il l’honorait particulièrement, lui garantissait sur sa parole d’honneur, les cinq articles de la capitulation ; le conjurait de prêter le serment, comme n’étant nullement contraire à cette capitulation ; etc.

 

Les magistrats s’appuyant de la parole que donnait Schawenbourg, et de son extrême bienveillance, cherchèrent inutilement à engager le peuple à consentir à la prestation du serment. Seulement après de vifs débats, il fut arrêté que l’on se bornerait à défendre le territoire du Canton. Cette modification, à laquelle il est certain que les flatteries de Schawenbourg ont eu une grande part mit Uri dans la nécessité de s’y conformer, et laissa Unterwalden le plus faible et le plus exposé de ces trois Cantons, réduit à ses seules forces. Mais c’était aussi où les fausses assurances de Schawenbourg envers Schwitz devaient aboutir.

 

Néanmoins les préparatifs militaires se continuèrent avec ardeur à Schwitz et à Uri.

 

Le Directoire d’Arau ayant demandé que Ies prétendus chefs de l’insurrection, qu’il désignait, lui fussent livrés, six d’entre eux eurent la générosité de s’y rendre.

 

Ces détails qui montrent la tension de l’esprit public en Suisse étaient nécessaires à rendre sous leur vrai point de vue la belle conduite et l’honorable catastrophe d’Unterwalden, indignement dénaturée dans les rapports du Directoire d’Arau, et dans les relations du général Schawenbourg.

 

Les députés de ce Canton, envoyés à Lucerne pour réclamer contre l’ordre de prêter le serment, comme contraire à leur Religion et au contenu de leur capitulation, furent conduits à Arau, où refusant comme ils le devaient de s’humilier devant leurs tyrans, on leur dit avec dureté, n’avoir aucune connaissance de la capitulation sur laquelle ils se fondaient, on leur enjoignit impérieusement de prêter le serment sans délai, leur annonçant de plus qu’ils auraient à se soumettre à l’avenir à tout ce qui leur serait ordonné ; on exigea qu’ils livrassent neuf, de leurs soi-disants chefs de révoltés ; et après les avoir menacés de tout le courroux du Directoire d’Arau et de l’armée française, on les congédia.

 

L’assemblée générale du Canton ayant été convoquée pour entendre leur rapport, l’indignation y fut telle qu’on devait l’attendre ; . . .  il y fut convenu unaniment de périr les armes à la main, plutôt que de se laisser asservir d’une manière si injuste et si dure.

 

Dès ce montent tous les hommes, au nombre de deux à trois mille, depuis l’adolescent jusqu’au vieillard, prirent les armes ; (*) les passages furent gardés, et quelques retranchements établis sur le bord du lac où il y avait le plus de danger d’être assailli.

 

(*) Ayant pour chef un Capucin, (le père Paul Stiger), qui n’ayant jamais été militaire prouva par sa conduite que l’homme naît soldat ainsi qu’il naît artiste.

 

Sur ces entrefaites un envoyé de la chambre administrative de Schwitz se présenta pour inviter le peuple à plier sous la loi générale ; il fut reconduit à la frontière par des archers.

 

Une lettre du général Schawenbourg fut déchirée sans être lue, et l’on décréta peine de mort pour quiconque parlerait de se rendre.

 

Mais le Conseil de guerre dépêcha à l’assemblée du peuple de Schwitz, (non à l’administration), une invitation de lui prêter secours, trop énergique pour être traduite, ou omise; la voici mot-à-mot :

 

[Uniquement en allemand dans le texte original.]

 

Brüder, liebe, getreue,

alte Bundsgenossen !

 

Einigkeit unserer Väter, stiftete unsere Freiheit, und versicherte unsere heilige allein seligmachende Religion, und ihre Diener, Weib und Kinder, Eigentum und Vaterland; Uneinigkeit aber, oder Trennung, brachte uns bereits um unsere durch das Blut unserer Väter, so teuer erkaufte Freiheit ! Liebe, getreue Brüder! euere ältesten Bündners leiden Nöth, und stehen in Gefahr, um die Diener der Religion zu kommen. Man hat diesen, und allen denen die es mit Gott und dem Vaterland noch redlich meinen, Mord und Tod geschworen, und das gleiche, Schicksal ist auch euch bereitet, wenn ihr nicht wachtbar und tätig mit uns eueren getreuen Brüdern stehen werdet.

 

Fürchtet euch nicht. Vertrauet nur fest auf Gott, den Herrn der Heerschaaren, wie unsere frommen Väter, und stehet männlich für seine heilige Religion, und das gemeinsame Vaterland, die man euch zu Grunde richten will.

 

Gewiss, Gott wird uns nicht verlassen. Wir stehen für die gerechte Sache, für seine Ehre, für das Heil unserer Seele, und für das Seelenheil unserer Nachkömmlinge, die uns ewig fluchen würden, wenn wir alles so lüderlich verlassen sollten. Dieses, liebe Brüder, haben wir euch, um euer Heil, und um unser Heil willen, in aller Aufrichtigkeit, die wahren Schweizern eigen ist, anzeigen wollen. Brüder! seid unsere Brüder. Wir sind es auch, und wollen es immer, mit Gottes sichern Beistand fröhlich sein.

 

Der Präsident und Versammlung des Kriegsrats.

 

 

[Traduction française pour la présente édition.]

 

Frères, chers,

fidèles et anciens Alliés !

 

L’Union de nos pères, nous a donné la liberté, et mis en sécurité la vraie et sacrée religion, ses serviteurs, les femmes et les enfants, les biens et le pays ; et la désunion ou la séparation nous ont apporté par le sang de nos pères un coût si chèrement payé pour la liberté ! Chers, fidèles frères ! vos plus anciens Alliés souffrent de la nécessité, et sont en péril autour des prêtres qui viennent. Voilà ce qui est, et tous ceux qui croient encore honnêtement à Dieu et à la patrie, prêtent serment sous peine de mort ou d’assassinat, et le même sort vous est réservé si vous vous ne prenez garde et vous levez avec vos frères fidèles.

 

Ne craignez pas. Confiez seulement à Dieu, Seigneur des armées, comme nos pères pieux qui se sont levés comme des hommes pour sa sainte religion et la patrie commune, et que l’on jugera sur ce fait.

 

Assurément, Dieu ne nous abandonnera pas. Nous sommes pour une cause juste, pour sa gloire, pour le salut de nos âmes, et pour le salut de nos descendants qui nous maudiront pour toujours si nous devions tout laisser. Ceci, chers frères, on vous le dit pour votre salut, pour l’amour de notre propre salut, en toute sincérité, le Suisse véritable en nous souhaite vous le dire. Frères ! ce sont nos frères. Nous le sommes aussi, et le voulons pour toujours, être heureux avec le sûr conseil de Dieu.

 

Le Président et l’Assemblée du Conseil militaire.

 

 

C’est ici que l’imagination abattue par une longue série d’événements presque tous détracteurs de l’antique renommée de nos pères, se remonte et se repose, en contemplant l’héroïque dévouement de ces généreux martyrs de la vraie liberté, de cette liberté qui justement adaptée aux localités, toujours subordonnée aux règles sages qui la circonscrivent dans la mesure la plus propre à coopérer au bien public ; et au bien individuel, a pour caractère distinctif de résister à outrance avant que de fléchir sous des lois étrangères, liberté également propre par là-même au sujet d’un Roi, et à l’habitant des Alpes.

 

Si l’on déplore que les autorités de Schwitz, dupes cette fois de la fourberie de Schawenbourg ; ayant pu concevoir l’idée qu’elles préserveraient le peuple confié à leurs soins, d’une infraction évidente aux avantages d’une capitulation, qui seule le soutenait encore peuple libre, au milieu d’un peuple esclave, que par-là enchaînant l’ardeur guerrière et patriotique de leurs soldats, paralysant celle d’Uri, malgré la conviction que le désarmement des uns et des autres suivrait de près la chute de leurs braves, de leurs illustres alliés d’Unterwalden, chute plus qu’apparente, vu l’énorme disproportion de nombre entr’eux et leurs agresseurs . . . . .

 

C’est avec une profonde effusion de sentiment qu’on les voit se préparer avec sérénité, à se faire immoler sur les débris de leur indépendance, et répondre avec le calme de la vertu, et l’assurance qu’inspire l’audace à ceux qui leur disaient avec instance :

 

« Amis ! sur quel appui pouvez-vous encore compter ? . . . . Abandonnés à vos seuls efforts, vous ne pouvez réussir à vous défendre, —  Nous comptons sur le secours du Dieu qui protège nos pères, . . . nous l’invoquons journellement, nous abandonnerait-il ? notre cause est si juste !  . . . . . et si nous périssons, ceux qui nous survivront prendront exemple de nous ! toujours ils honoreront et béniront notre mémoire.— Suisses, quelle leçon ! »

 

Le 3 de Septembre, au matin, l’on découvrit trois barques chargées de troupes françaises, venant du côté de Hergyswil. Elles furent repoussées avec perte, par le feu d’une batterie placée à Kersitten.

 

Le 4 et le 5 les Français renouvelèrent la même tentative, d’abord avec 5, puis avec 7 barques. Durant ces deux attaques, on leur coula à fond deux de ces bâtiments chargés de monde. Le 7 encore une attaque du côté du lac, mais aussi infructueuse que les précédentes.

 

Jusqu’à cette date, Ies chasseurs – carabiniers postés à Altnach, et au Kernwald tuèrent beaucoup de Français, qui avaient cherché à pénétrer dans les défilés.

 

Le 8 il parait que les Français firent arriver du renfort ; une colonne qui marchait sur St. Gall, reçut ordre de rétrograder sur le champ vers Zurich.

 

Ce jour là, le peuple de Schwitz enflammé par la fière contenance de ses alliés, veut marcher à leur secours. Les autorités constituées s’y opposent ; néanmoins deux cent volontaires s’échappent, et après avoir enlevé la grande bannière du Canton, ils forcent la garde de Brunnen, qui devait intercepter toute communication entre Schwitz et Unterwalden.

 

Le 9, à 5 heures du matin, les Français au nombre de seize mille, attaquèrent sur six points, tant par terre que par eau. L’on comptait trois flottilles, ensemble de 30 à 33 barques et bateaux, dont sept à huit furent coulés bas par l’artillerie de la côte.

 

Les troupes qui se présentèrent du côté de Hergyswil ; souffrirent considérablement du feu des carabiniers et ne pénétrèrent qu’après qu’une colonne arrivée du Canton de Berne, par la Montagne de Brunigg, fut parvenue à forcer les détachements qui gardaient ce passage, déboucha par le Kernwald, où elle essuya un feu meurtrier des Schwitzois presque tous chasseurs, qui de la première décharge abattirent ses principaux officiers, et parvint environ 2 heures après-midi à prendre à dos les postes qui garnissaient le lac.

 

Alors l’affaire devenant générale, et le carnage affreux, les Unterwaldois réduits à 1200 combattants par la perte ou la défection de ceux de leurs camarades, qui après avoir défendu le Brunigg, avaient disparu, se voyant entourés de toute part, se battirent en retraite, mais toujours avec l’acharnement opiniâtre du désespoir.

 

Le Contingent de Schwitz coupé par l’ennemi, se fit jour, et se signala par des prodiges de valeur, surtout en passant à Thalwyl, au Bürenbrück et à Bucchs, où il extermina nombre et nombre de Français. Il regagna enfin sa propre frontière, dont il dut forcer l’entrée, après avoir eu depuis le matin seulement sept hommes tués, dont quatre se dévouèrent pour sauver la bannière.

 

Les Unterwaldois toujours se battant, se retirèrent sur leurs montagnes, après avoir laissé 70 à 80 des leurs sur les divers champs de bataille.

 

Deux cents femmes armées de fourches et de massues, (Morgenstern), préférant la mort à subir la loi du vainqueur, furent toutes égorgées.

 

Dès que les Français eurent débarqués, ils mirent le feu à Stanzstadt, Buechs, à Beckenried, à Stanz, et à tout ce qu’ils rencontrèrent d’habitations isolées ; . . . . . les horreurs qu’ils commirent en ces divers lieux sont plus aisées à se figurer qu’à décrire . . . . À Stanz une centaine de vieillards, de femmes et d’enfants, implorant la protection divine dans l’église, y furent inhumainement massacrés ! . . . . l’on assure avoir vu des soldats jeter des enfants vivants dans les flammes ! les cheveux se dressent, l’âme se crispe en voulant tracer ce tableau. Partout, disent les témoins oculaires, l’on n’apercevait qu’incendies, meurtres et pillage ; l’on entendait que les cris étouffés de la détresse et de la mort ! partout la dévastation et les sanglantes traces d’une destruction, dont les douloureuses plaies trop vives pour être senties d’abord, préparent à l’innocent des peines à jamais déchirantes. Qu’ont à attendre de la justice céleste des monstres qui provoquèrent de semblables malheurs ?

 

L’obscurité mettant un terme à la fureur réciproque des combattants, arrêta, ou du moins suspendit les affreuses suites de cette horrible victoire, qui selon tous les rapports coûta six-mille hommes aux Français.

 

Dans la nuit qui la suivit on marchait à la lueur des flammes, qui continuaient de dévorer les demeures jadis si paisibles, jadis asiles du bonheur, où un peuple simple et laborieux vivait ignoré du reste de la terre, où l’habitant de tous les ordres, où Ie paysan comme le magistrat, le pauvre comme le riche, oubliait au sein de sa famille les fatigues et les travaux d’une vie rude, mais heureuse, d’où un âpre climat, des contrées sauvages, l’éloignement du monde semblait devoir écarter à jamais ces grandes commotions qu’engendrent dans les grands États et le choc des passion, et le contact des vices.

 

Le 10 les Français ayant tenté une attaque contre les Unterwaldois réfugiés dans leurs montagnes, ceux-ci dispersés en pelotons, les repoussèrent jusque dans le vallon, où des milliers de cadavres encombrèrent leur poursuite . . . . S’ils eussent pu se réunir en plus fortes troupes, peut-être eussent ils encore délivré leur territoire. Quantité de ces braves trouvèrent encore la mort dans ces divers combats. Ici près d’un monceau de cadavres mutilés, l’on a distingué les accents du Suisse expirant, élevant au ciel ses actions de grâce, de mourir pour sa Patrie, . . . . tandis qu’à ses côtés se faisait entendre les rugissements sourds des Français massacrés, luttant contre la mort pas leurs imprécations contre les sanguinaires despotes, dont l’insatiable brigandage les dévoue ainsi que leurs satellites à l’éternelle exécration de l’humanité. N’y eut-il que ce parallèle, ce jour affreux doit compter au rang de nos trophées ! ! ! Le 11 fut un jour de tristesse et de repos.

 

Le 12 les Français entrèrent dans Schwytz, saisissant pour prétexte de cette infraction le secours donné par les 200 volontaires à leurs frères d’Unterwalden. La reddition des armes fut soudain prescrite, et Uri resté dans une stricte neutralité, reçut le même ordre et dut obéir.

 

Tel est le résumé fidèle de l’expédition la plus flétrissante peut-être, que les troupes de la République française aient à se reprocher, comme ayant été les barbares instruments des fureurs d’un monstre du second ordre, du soi-disant Directoire helvétique, qui abreuvé aujourd’hui du sang de ses concitoyens, va figurer désormais sur l’infernale scène des révolutions, comme auteur et complice du plus atroce des crimes ! Hommes féroces, mais lâches, répondez, c’est vous que j’interpelle ! . . . . en vertu de quelle autorité portâtes vous vos sacrilèges mains dans le sanctuaire vénéré de la liberté de nos pères ? Quel pouvoir au monde suffirait à vous disculper d’être allé déchirer dans ses entrailles ce qui respirait encore de la gloire de nos aïeux ? Vous la plupart nés dans l’obscurité, nourris dans la plus basse condition, en partie salariés des Cours, enrichis de leurs bienfaits, et tous jetés en factieux dans le cloaque infect où fermente la lie d’une Nation, dont la félicité depuis qu’elle est devenue votre proie, semble à jamais anéantie !

 

C’est en vain que par des rapports mensongers, vous pensez échapper au ressentiment, à la haine et au mépris du monde entier, en vain vous voudriez vous soustraire au châtiment qui vous attend. L’ombre de Tell, de ce Tell dont vous insultez les mânes en feignant d’honorer ses vertus, l’ombre de Tell invoque par nos cœurs tout le courroux du ciel sur vos têtes, pour l’odieux parricide que vous osâtes commettre, en portant le fer destructeur jusque dans le tronc sacré de l’antique union fondée sous ses auspices . . . Déjà ses florissants rameaux brisés, leur sève tarie, leurs racines desséchées, par vos obscurs complots, secondés des efforts de ces soldats autrefois jaloux de gloire, aujourd’hui entachés par vous ; mais la honte est leur supplice. Quant à vous qu’elle ne peut atteindre, vous qui vous targuez de la protection des cinq tyrans aux pieds desquels vous rampez, croyez-vous que les invocations que toutes nos bouches profèrent puissent rester sans effets ? – Non, sachez que le jour s’approche, où vous aurez ce terrible compte à rendre, d’avoir souillé la terre natale de meurtres et de brigandages, d’avoir déchiré le repos des familles, répandu partout le deuil, l’amertume, la misère et la douleur, où le vieillard vous redemandera ses fils égorgés, où la mère réclamera son enfant, où l’enfant voudra retrouver les cendres de sa mère, . . . . et où des Êtres que vous croyez détruits reparaîtront pour vous accuser et vous confondre . . . . Partout enfin des ruines, des masures, des décombres, des tombeaux, des ossements épars, attestant à la génération qui s’avance l’énormité de vos forfaits, elle cumulera ses vengeances sur les nôtres. . . .  Vos noms marqués au sceau de la réprobation, cette réprobation s’étendra sur vos familles, et vos descendants vous maudiront de vous devoir la vie. Le sol aride de vos demeures abattues, n’offrira plus au regard du passant qu’un lugubre poteau, avec cette sinistre inscription : Ici fut le repaire d’un patricide ; et l’oeil impartial et sévère de la postérité comparant les récits aux faits qui les constatent, consacrera cette triste vérité, que la Patrie, pour vous avoir donné le jour, est à jamais frappée d’une tache d’ignominie !

 

Directeurs helvétiques . . . hommes perfides, que dis-je, tigres altérés de sang . . . tremblez . . . s’ils ont péris ces braves . . . il en existe encore !! Et vous, vous Suisses consternés des calamités qui planent sur notre bien-aimée Patrie, pleurez ! . . .  oui, pleurez la perte de ce qu’elle était, pleurez ses plus fidèles enfants . . . mais loin de vous l’abandon du désespoir . . .  les traîtres . . . s’ils ont pu nous arracher de douces jouissances, il est un bien au-dessus de leur atteinte ; c’est à la garde de nos consciences, qu’il est seul confié, amis . . . là . . . dans les plus secrets replis de nos âmes, nous trouvons tous ce sentiment consolateur, qui promet un Dieu vengeur de l’iniquité, un Dieu protecteur de la vertu . . . Un Dieu qui châtie, mais qui pardonne à qui ne l’offensa pas trop grièvement ! . . . Considérés cette rotation de sinistres évènements qui se succèdent si rapidement autour de nous ; . . . croyez que si la main qui les dirige a permis tant de victimes, a permis que les justes aient succombé, que les barbares aient triomphé . . . croyez que le moment viendra, où ils expieront enfin leurs forfaits, . . . que le jour arrivera, où le sang encore fumant de nos valeureux frères d’Unterwalden, ranimant la cendre presque éteinte de ceux qui comme eux eurent la douce consolation d’expirer pour une aussi juste cause, obtiendra vengeance, vengeance de toutes les Nations, vengeance de la nôtre toute entière, qui aujourd’hui opprimée, a peut-être dû l’être, pour se relever bientôt plus pure, plus digne des héros qui la fondèrent, mais surtout plus unie. . . . Ah ! si elle l’eût été. . . . Nous ne gémirions pas aujourd’hui sur le sort d’Unterwalden. . . . Nous seuls ! . . .  oui, nous seuls, attaquant d’un commun accord l’hydre qui nous divisa pour nous dévorer, . . . nous l’eussions terrassée, nous en eussions délivré même la terre qui l’enfanta !

 

Voyez douze-cents Unterwaldois et leurs deux-cents frères de Schwytz, résister cinq jours à 16 milles de ces soi-disants conquérants de la terre, et tout en laissant échapper la victoire, en exterminer six-mille avant de se retirer à l’abri des rochers, où sans doute ils nous attendent. Suisses, qui regrettez de survivre à tant d’outrages, voilà où nos cœurs doivent les suivre, doivent les chercher, doivent essayer de leur faire parvenir le serment dont nous élevons tous la pensée vers le créateur, celui de saisir le premier instant propice pour nous précipiter sur nos tyrans, briser les fers de la Patrie,  et tomber s’il le faut pour la relever !